Bon j’vous la raconte une dernière fois, mais en mode Premium. En gros ça peut se résumer par « soirée de Gala ou de Galère à la Scala ! » Le mec dans le métro nous avait dit « discrètement » : con questi biglietti non si vede molto bene ! Bon, on n’a pas fait gaffe, tellement contents d’avoir in extremis des billets à la Scala pour le 31 décembre. Il aurait pu dire n’importe quoi on aurait répondu : Bravo !! voire Bravissimo !!!
Nous, on avait eu le tuyau le 30, grâce à une toute petite vieille dame sur son tout petit fauteuil à flanc de Scala : Dépêchez-vous il n’y en a plus que deux, tout en nous indiquant du doigt enfiévré, la direction opposée à la Scala en criant Métro à des chanceux déjà dans la course aux billets : Métro..Métro…On savait juste qu’il fallait aller au métro ??? Elle avait raison car pour obtenir les précieux sésames il nous fallut sortir de la Scala, se rendre sur la place du Duomo pas loin juste à la sortie de la fameuse Galleria Vitorrio Emmanuel II, avec sa Cathédrale, s’engouffrer dans le Métro (oui le Métro) , marcher, marcher et enfin sur notre droite trouver la caverne d’Ali tu l’as dans le Baba…vous comprendrez pourquoi !
Je crois que j’en ai même oublié de donner quelques lires à cette petite Mamie si gentille, dans le feu du moment !
Nous marchions fort d’excitation et de crainte que les Biglietti ne disparaissent !
- « Ne t’inquiète pas Ginou, ils sont pour nous rien que pour nous !! »
Et ce fut le cas, nous repartîmes riches de ces deux précieux ! Notre début dans le Piémont ne pouvait commencer mieux ! Après une soirée de rêve avec cette petite ballade pour se rendre au restaurant, sa vue imprenable sur San Giulio éclairé à fleur de Lac et une première journée à Orta san Giulio, nous avions eu tout le temps pour nous préparer pour la grande soirée ! Je me rappelle cette salle de bain à l’ancienne et cette baignoire à même le sol Lambrisé et sa robinetterie sculpturale hors norme de beauté ! Une Joconde à Orta San Giulio da Francesco et son magnifique B&B « Al Dom ». Quel délice de flâner dans un endroit si fabuleux, le Lac d’Orta avec en perspective un 31 au sein de la grande institution ! Ginou fébrile et impatiente se fit toute belle…elle savait et sait toujours faire ! Nous n’avons pas vu les 85 kms pour revenir à Milan plus au sud, tant nous avions à dire, à blaguer, à chanter à savourer à l’avance cette soirée que l’on espérait fantastique ; c’était quand même Roméo et Juliette à la Scala !
On se pointe à la Scala pour le clou du spectacle : Roméo et Juliette, Themselves, qui ont traversés les siècles rien que pour nous. Nous, tout beau du dimanche, c’était un samedi, on avait fière allure.
Bon évidemment « il coglione » de service prend photos et vidéos. On ne va pas à la Scala tous les soirs. Ginou fait semblant de pas voir. Les femmes savent faire ce genre de chose. J’t’ai pas vu et j’prends un air « hyper naturel » pour les photos souvenirs !
- « Arrête t’es pénible à prendre toujours des photos !!».
Nous les mecs on sait qu’il faut les prendre ces pu…de photos…et pas trop écouter la bourgeoise qui sera la première à demander négligemment au resto :
- Elle « tu peux me prêter ton tel, juste un petit truc, j’te l’rends tout de suite…
- Nous : dans notre tête « tu parles ». On fait semblant de pas comprendre !
- Elle « Tu trouves pas que j’ai pris quelques petites ridettes… »
- Nous : « Mais non ma chérie t’es toujours la plus belle !!!
Bref que du classique (à la Scala c’est la moindre des choses)
De charmantes et jeunes personnes, sourires jusqu’au cou, nous accompagnent à notre loge…la classe. Ginou avait laissé son Vison au vestiaire !
« Oh fatche de », on y est …La soirée parfaite commence !
…Tu parles. On rentre 4 places petites. Deux devant, et deux derrière. Et nous…on a les deux…derrière !!! « Oh fatche de » la soirée parfaite.
- « Excusez-nous, Scusi » on voudrait voir la scène.
Une vue j’vous dis pas. On l’aurait payée à l’angle de vue réel, on aurait pour Ginou et Moi déboursé 2 euros. Et c’eût été bien payé !!!
Bon on y est on va s’organiser !
- « Excusez-nous on voudrait un peu suivre… »
Vous vous rendez compte : 142,75 euros x 2, alors que ça ne valait pas deux balles !!!
Bon ‘Scusi’ une fois, deux fois, trois fois, quatre fois… ça va bonjour la Scala ! Ouais ça fait 285,5 euros pour déranger les gens toutes les 5 minutes (Roméo et Juliette c’est trois heures !) et se choper un torticoli en Italie. La sauce arrabiata m’est montée al naso ! Je suis sorti excédé, la bave meurtrière et l’oeil assassin. Dans la folie du moment la porte claque et se ferme, sauf que dans ces théâtres à l’Italienne tu peux plus rentrer ! Là pour le coup je ne voyais plus rien, juste mes deux billets à 142,75 euros, pour me retrouver « come uno coglione » enfermé sur le palier du 4è à la Scala. Et là j’suis passé de la sauce arrabiata à l’Etna qui allait déverser toute sa haine sur ces infâmes du Nord. Alors évidemment j’m’en prends aux p’tits jeunes avec leurs sourires jusqu’au cou !!! Tu parles ils ont des consignes.
Les p’tits chounets ! Quoi qu’il arrive : souriez !!! Alors tu peux faire quoi face à des trucs pareils qui te balancent : Si Signore, Si Signore, Si Signore dans une mécanique bien apprise, alors que tu leurs balances les pires insanités. Même un Belge y perdrait ses nerfs ! D’ailleurs ils ne me comprenaient même pas. Mon italien encoléré en avait pris un sacré coup.
Alors j’descends. Y’m fallait du lourd et du répondant. C’était l’entracte du premier acte. Y’avait toute la crème, ça tombait bien la lave me montait toujours plus, al naso. Autour de moi et de ma rage grandissante, smoking taillés Tailleur, montres de Luxe, robes de soirée Yves Saint Laurent et rivières de diamants. La totale. Tous les Notables bien placés dans la vie et à la Scala. J’allais tous me les faire avec mes 75 kilos de haine !
Allez, ne pense pas, improvise comme au grand jour et sors ton meilleur italien. J’étais un tout petit Sicilien de France qui allait terrasser l’Ogre Milanais. Dans ma tête « Papa aide moi ». Ils étaient deux, c’étaient la bonne adresse. J’vous dis pas ce que j’leur ai mis, haut et fort dans un endroit où tout le monde parle bas et faible. Je les ai agonis de tout mon savoir en matière de mots « délicats » !
- « Escrocs Ladri. Siete tuti Ladri e La Scala e una vergogna ! »
Combien de fois ai-je proféré au bout de ma langue et de mon doigt …Ladri. Le verbe haut, que tout le monde entende…bien entendu ! Un vrai scandale à l’Italienne. Je me rappelle cette jeune française à sa Maman, à ma gauche juste derrière moi.
- « Mais Maman ça veut dire quoi Ladri ? »
Elle était au spectacle elle voulait comprendre ! Et moi de reprendre la balle au bond en me retournant sur la jeune ingénue. Emphatique et théâtral le bras au ciel et la colère en bandoulière !
- « Mademoiselle sans que la Maman n’ait le temps de répondre ; Mademoiselle, Ladri ça veut dire voleurs »
Sur ce, le deuxième Zigoto et ce fut mieux que Rigoletto, m’inflige un petit sourire en coin, typique de ceux qui croient que la lâcheté de ce genre de réaction suffit à remplacer un courage véritable…
Un rictus hautain et suffisant du style : mais quel imbécile celui-là (moi en l’occurrence) !
Ça n’a pas trainé et dirigeant dans la seconde mon doigt assassin du premier Zigoto à cet autre Rigolo !
- « E Lei siete un imbecile ! »
Alors là, c’en était trop, les deux compères passèrent d’un registre mondain bien indigent à des menaces plus concrètes en hélant ce pauvre Carabinieri en civil qui passait jusque-là une soirée bien tranquille !
- « Carabinieri…Carabinieri !!! »
Ni une ni deux, je me jette sur ce pauvre Carabinieri (qui avait dû en passer des soirées à s’ennuyer…là il était aux premières loges et c’était gratuit) sans casquette, l’agrippant du bras et sans qu’il n’ait le temps de piper mot.
- « Signore, non ho rimpianti e ho ragione! Sono italiano e mi vergogno per l’Italia e la Scala che ha una tale pratica! Vergognatevi !! »
- « Monsieur je ne regrette rien et j’ai raison ! Je suis Italien et j’ai honte pour l’Italie et la Scala qui a une telle pratique ! Honte à vous !! ».
Il ne savait pas à qui il avait affaire, restant « a quia ! » Mon show à la Milanaise étant terminé je tournais le dos à toute cette vergogne et à ce pauvre Carabinier qui n’as pas eu le temps d’en placer une…et je m’enquis de trouver un point où je puisse amortir quelque peu mes presque 300 euros. Je limitais les dégâts en me plaçant devant l’entrée principale face à la scène mais bien loin d’elle et fortement gêné par une horde de malchanceux. Tous pour des raisons diverses en étaient réduits à cette solution bien misérable ! Cependant je ne décolérais pas, d’autant plus que je me retrouvais ici penaud car le second acte ayant repris le temps de mes joutes Scalanaises, je ne pouvais donc plus rejoindre ma petite Ginou, les portes des loges étant forcément fermées ! Diable, elle était bien loin cette soirée qui s’annonçait si bien !!! J’enrageais seul et impuissant. Mais dans cette noirceur lombarde survint une lueur de bonté et d’humanité en la personne d’une jeune hôtesse aussi brune que charmante. Je lui confiais ma détresse, mon désarroi. Ginou était toujours dans la loge sans son Roméo en perdition. Je narrais donc cette mésaventure à ces deux oreilles milanaises d’une vraie compassion, en lui rappelant que c’était une honte de vendre des places si mal fichues.
- « Si Monsieur vous avez raison, (enfin une âme compréhensive !!) mais nous avons fait remonter l’information (Bravo) mais rien n’y fait (Dommage) !
Alors, désarmé face à une telle sincérité, je n’avais plus qu’à me résigner, pire abdiquer !!
Je tentais tant bien que mal comme Ginou dans sa loge de tirer quelque chose de cette situation difficile, mais qu’elle ne fut ma surprise après de longues minutes d’esseulement sombre, et de torsions à la gauche et à la droite de mon cou pour voir Roméo lutter pour sa belle ; de voir de nouveau ces cheveux noirs encadrant la blancheur de ce visage angélique ! Elle me prit par le bras, son index sur la bouche :
- « Seguimi ! » (Je l’aurais suivi « alla fine del Mondo ! »)
Elle me conduisit en plein centre, à travers les Bourgeois… de la Scala face à Juliette qui connut son dernier soupir !
Le triomphe après la tempête !!
Ps : Les conditions ne m’ont pas permis de sauver ma Ginou, Roméo n’aurait pas fait mieux ; mais dans ma tête je me suis promis de l’emmener à nouveau à la Scala plein centre et pleine lumière !






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